Hommage à la Lettre Volée d’Edgar Allan Poe, 2011, Université publique d’Antioquia, Medellin
En 2011, je suis partie étudier à Medellín dans le cadre d’un échange universitaire pour m’initier à la performance et à l’action dans le champs des arts plastiques.
Le regard que l’on posait sur moi me questionnait. Attirais je beaucoup l’attention car j’étais l’archétype de la femme occidentale promu par les spots publicitaires colombiens? De nouvelles personnes m’abordaient chaque jour et cherchaient à capter mon attention. On me conseillait des endroits chics où boire du café (un produit de luxe associé au bon goût français). Ainsi, on me répétait à quel point la France est le pays du romantisme et des poètes. La difficulté de sortir de ces représentations était pour moi synonyme de solitude. J’ai alors voulu questionner cette carapace de l’apparence qui parfois se rigidifie autour de nous et nous enferme.
En collant sur mon corps de minuscules photocopies de mon visage, je me suis constituée une « carapace identitaire ». Je l’ai ensuite dissoute symboliquement en distribuant dans les jardins et les couloirs de l’université les milliers de petites écailles dont je m’étais couverte. Une semaine auparavant la même image en format A4 avait été placardée sur les panneaux d’affichage.
Dans un premier temps, j’ai placard la photocopie de mon portrait partout jusque dans la cafétéria et sur les panneaux d’information administratifs. Chaque jour je posais de nouvelles affiches remplaçant celles qui disparaissaient et photographiais celles qui avaient été a caricaturées.
Une semaine auparavant, je déambule dans les couloirs et les allées couverte de plus de 3000 autoportraits de la taille des photos d’identité. Je les arrache une à une et les distribue. Ma peau apparaît peu à peu. Je me sens devenir plus vulnérable tandis que l’on commence à me reconnaître. Je suis une femme-réclame qui à l’instar des hommes sandwich auto-promeut son effigie de façon mécanique. Je reste silencieuse face aux remarques : « c’est la française ! », « une disparue? », « qu’est-ce que ça veut dire ? », « Hey beauté ! », « il paraît que c’est la nouvelle présentatrice de TV-.Caracol ».
Les jours suivants, je trouve encore de petites photos à traîner, notamment glissées dans les paquets de cigarettes des vendeurs à la sauvette….
Cette performance m’a été inspirée de La Lettre Volée, une œuvre dans laquelle Edgar Allan Poe raconte comment, trop montrer peut invisibiliser.



















