(Hommage à la Lettre Volée d’Edgar Allan Poe), 2011, Université publique d’Antioquia, Medellin
En 2011, je suis allée à Medellin pour m’initier aux pratiques du corps dans différents champs artistiques. Après plusieurs expérimentations sous la direction de l’artiste Nidia Bejano, j’ai réalisé cette performance.
En collant sur mon corps de minuscules photocopies de mon visage, je me suis constituée une « carapace identitaire ». Puis je l’ai dissoute symboliquement en distribuant dans les jardins et les couloirs de l’université les milliers de petites écailles dont je m’étais couverte. Une semaine auparavant la même image en format A4 avait été placardée sur les panneaux d’affichage. Cette performance m’a été inspirée de La Lettre Volée, une œuvre dans laquelle Edgar Allan Poe raconte comment une chose peut devenir invisible par le fait qu’elle est trop présente.
Je fus impressionnée en m’expatriant par le regard que l’on posait sur moi. J’attirais beaucoup l’attention car j’étais l’archétype de la femme occidentale des spots publicitaires que les multinationales promouvaient. De nouvelles personnes m’abordaient chaque jour et cherchaient à me fréquenter. On m’indiquait des lieux chics, où boire de bons et chers cafés, où danser sous les boules à facettes des discothèques. On m’assignait également un goût pour le romantisme et la poésie. Je me sentais néanmoins très seule car on ne s’intéressait pas à ce que j’étais intimement. J’ai alors voulu questionner cette carapace de l’apparence qui parfois se rigidifie autour de nous et nous enferme lorsque ce n’est plus que par ce plan que les autres nous appréhendent.
Dans un premier temps, je placarde la photocopie de mon portrait partout jusque dans la cafétéria et sur les panneaux d’information administratifs. Chaque jour je pose de nouvelles affiches remplaçant celles qui disparaissent et photographie celles qu’on a caricaturé.
Une semaine après et durant deux heures, je déambule dans les couloirs et les allées couverte de plus de 3000 autoportraits de la taille des photos d’identité. Je les arrache une à une (en même temps que de nombreux poils) et les distribue. Ma peau apparaît peu à peu. Je me sens devenir plus vulnérable tandis que l’on commence à me reconnaître. Mais je me demandais si ce terme avais un équivalent colombien ? Si c’est le cas, n’hésites pas à l’insérer à la place de « femme-réclame ») qui machinalement accomplit sa tache, je reste silencieuse face aux remarques : « c’est la française ! », « une disparue? », « qu’est-ce que ça veut dire ? », « Hey beauté ! » (là ils m’interpellaient juste en disant « hermosa » ), il paraît que c’est la nouvelle présentatrice de TV-.Caracol.
Les jours suivants, je trouve encore de petites photos à traîner, notamment glissées dans les paquets de cigarettes des vendeurs à la sauvette….



















